
— Ça s'arrose, mon fils ! Il me reste au frigo une bouteille d'yquem 76 qui n'attendait que cette occasion pour se laisser dépuceler.
Antoine calme mon enthousiasme d'un geste de la main.
— C'est un peu tôt pour faire péter les bouchons, papa.
A la lueur d'inquiétude traversant son regard, je pressens qu'il a du pas banal à m'annoncer.
— Tu as un problème ?
Il me désigne la chaise ordinairement dévolue aux prévenus.
— Assieds-toi.
Obéissant à l'injonction, le guignol taraudé par une sourde angoisse, je dépose mon écrin à roustons sur la moleskine.
— Je t'écoute.
Antoine — il tient au moins ça de moi — n'est pas du genre à tourner deux plombes autour du pot avant de déposer sa bouse.
— Tu as entendu parler du meurtre de la rave-party, avant-hier soir, en Beauce ?
— Oui, j'ai lu ça dans le train. Un abominable assassinat.
— Il faudrait que tu t'occupes de cette affaire, papa.
Je ne te cacherai pas que je me sens un chouïa soulagé. Je redoutais un drame du genre : Félicie a fait une attaque ou le toubib lui a découvert une vilenie. Parce que, forcément, ça arrivera un jour. Ça me tombera sur le râble quand je m'y attendrai le moins. On a beau y penser, on n'est jamais prêt à devenir orphelin.
— Un instant, fiston, la Beauce, c'est du ressort de la Crime de Chartres. Je connais le commissaire Roykeau, c'est un excellent flic.
— C'est bien ce qui m'inquiète, papa. A l'heure qu'il est, je suis sûrement son principal suspect.
* * *Quand j'explose, tous les mecs de Nagasaki s'enterrent dans leur cave à charbon et ceux d'Hiroshima, plus facétieux, se font hara-kiri avec une fourchette à escargots, les poilus du Chemin des Dames exécutent un triple salchow arrière dans leur tombe et Alfred Nobel me réclame des royalties sur la dynamite qu'il a inventée juste avant son prix de la paix. Et là, fais confiance, j'explose vraiment.
