À l’origine, il envisageait Île Un comme une colonie spatiale installée sur une orbite lunaire que l’on monterait dans le vide en se servant de matériaux recueillis sur le satellite. Sa capacité prévue était de dix mille résidents permanents. C’était gigantesque selon les critères de l’époque et les gens en eurent le souffle coupé. Pourtant, l’Île Un du projet O’Neill n’était pas plus colossale que l’un des supertankers qui sillonnaient l’océan en un temps où le pétrole devait être transporté d’un bout du monde à l’autre.

Tel était le rêve d’O’Neill, et que de sarcasmes ne suscita-t-il pas ! Mais les gros consortiums, eux, n’en rirent pas. Et, à l’aube du troisième millénaire, quand ils prirent finalement la décision d’édifier une colonie spatiale, le rêve d’O’Neill parut bien étriqué à côté de la réalité.

Cyrus S. Cobb, enregistrements en vue d’une autobiographie officieuse.

— Pas si vite ! Je suis une fille des villes, moi ! s’exclama-t-elle.

David Adams s’arrêta et se retourna. La pente herbeuse qu’ils escaladaient n’était pourtant pas tellement raide. Il y avait un peu partout des érables au tronc mince et des bouleaux auxquels on pouvait s’accrocher pour s’aider. Mais Evelyn était à bout de souffle et elle commençait à en avoir assez. Il fait du cinéma, songea-t-elle. Le jeune mâle viril et musclé dans le jardin d’Éden !

David, le visage fendu d’un large sourire, lui tendit la main.

— Vous avez dit que vous vouliez visiter la colonie d’un bout à l’autre.

— C’est vrai, répondit Evelyn en haletant, mais je n’ai pas envie d’attraper une crise cardiaque en prime.

Il la saisit fermement par le poignet et la prit en remorque.

— Quand on sera un peu plus haut, ce sera plus facile. La gravité sera moins forte. Et la vue mérite quelques efforts.



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