
— Faites attention !
David glissa un bras autour de la taille d’Evelyn pour l’aider à franchir un minuscule ruisseau bouillonnant qui traversait le sentier.
— Merci, murmura-t-elle en se dégageant. Il sait qu’il est une belle image. Ne te laisse pas posséder par ce visage d’archange, ma petite vieille.
Ils continuèrent de grimper en silence au milieu de chênes et d’épicéas alignés au cordeau et régulièrement espacés. Et ses dents ! Ce n’est pas vrai ! C’est une girl-scout en fleur qu’ils auraient dû charger de ce travail, pas une journaliste.
David l’observait : Pourquoi Cobb m’a-t-il choisi pour lui faire faire la visite ? se demandait-il. Tient-il en si piètre estime mon travail pour m’avoir mis sur la touche et m’avoir chargé de jouer les boy-scouts avec elle ?
Il fallait qu’il se contrôle pour que son expression ne trahisse pas sa mauvaise humeur. La visiteuse avait toutes les peines du monde à le suivre avec ses chaussures à bouts découpés. Pris d’une impulsion subite, il déclencha d’un coup de langue le communicateur inséré dans sa dernière molaire et murmura d’une voix si basse que personne ne pouvait l’entendre en dehors de l’émetteur miniature : « Evelyn Hall, arrivée la semaine dernière. Dossier, je vous prie. »
À peine eut-il fait quatre pas que la pastille réceptrice microscopique implantée derrière son oreille se mit à grésiller : « Evelyn L. Hall. Vingt-six ans. Née à Londres-Métropole. Études dans divers établissements d’État du grand Londres. Sortie de l’université polytechnique de Plymouth. Diplômée de l’école de journalisme. Documentaliste, puis reporter à l’International News Syndicate. Terminé pour la vie professionnelle. Mensurations… »
David coupa l’ordinateur d’un nouveau coup de langue. Les renseignements d’état civil ne l’intéressaient pas. Il lui suffisait de la voir. Elle était presque aussi grande que lui — un mètre soixante-quinze — et on devinait à sa silhouette épanouie et bien étoffée qu’elle menait un combat constant contre les kilos.
