Il distinguait maintenant le ronron du hors-bord. Il vit les larmes apparaître mais elle n’émit aucune plainte tandis qu’elle se tournait pour détaler au pas de course, dépassant les ruines, agrippant son panier, trébuchant sur une langue de sable. Elle ne se retourna pas.

Alors il regarda vers le yacht. Le pneumatique rebondissait en franchissant la barre. Le navire était baptisé Tsushima et la dernière fois qu’il l’avait vu, ç’avait été dans la baie d’Hiroshima. Du pont, il avait contemplé la porte rouge de Shinto, à Itsukushima.

Il n’avait pas besoin des lunettes pour savoir que le passager du pneumatique allait être Conroy, le pilote de l’un des ninjas d’Hosaka. Il s’assit en tailleur sur le sable qui se rafraîchissait puis ouvrit son dernier bidon de bière mexicaine.


Il contemplait derrière eux la ligne des hôtels blancs, les mains posées, inertes, sur la rambarde en teck du Tsushima. Derrière les hôtels, luisaient les trois petits hologrammes de la ville : Banamex, Aeronaves et la Vierge de six mètres de la cathédrale.

Conroy se tenait près de lui.

— Une urgence, dit Conroy. Vous savez ce que c’est.

La voix de l’homme était neutre, sans inflexion, comme s’il l’avait copiée sur une puce vocale bon marché. Son visage était large et blanc, d’un blanc cadavérique. Les yeux aux cernes noirs étaient encapuchonnés sous le chaume décoloré d’une frange rabattue sur son front large. Il portait un polo et un pantalon noirs.

— Rentrons, dit-il, et il se retourna.

Turner le suivit, se penchant pour franchir l’embrasure de la porte de la cabine. Paravents blancs, en bois de pin pâle et sans nœud, le chic austère des firmes de Tokyo.



10 из 299