
Il se rappelait un trajet en car, une route de montagne et les relents de combustion interne, les bords du pare-brise placardés de cartes postales holographiques de saints bleus et roses. Il avait ignoré le paysage escarpé au profit d’une sphère de plexi rose et de la danse saccadée du mercure en son cœur. Le cabochon couronnait la tige d’acier recourbée du levier de changement de vitesse, légèrement plus grand qu’une batte de base-ball. On l’avait moulé autour d’une araignée tapie, en verre blanc soufflé, creusé et à demi rempli de vif-argent. Le mercure tressautait et glissait chaque fois que le chauffeur balançait son véhicule dans les lacets, il ondulait et frissonnait dans les lignes droites. Le cabochon était ridicule, artisanal, maléfique ; il était là comme pour saluer son retour au Mexique.
Dans la douzaine de microgiciels variés que lui avait donnés le Hollandais, s’en trouvait un qui lui permettait une maîtrise relative de l’espagnol mais à Vallarta il avait tâtonné derrière son oreille gauche pour y insérer un cache-prise à la place, masquant ainsi le connecteur et la broche sous un carré de micropore couleur chair. Un passager près du fond de l’autocar avait une radio. Une voix interrompait périodiquement les cuivres pour réciter une espèce de litanie, suite de nombres à dix chiffres, les numéros gagnants du tirage du jour de la loterie nationale.
