
— Bref, tout baigne dans le bon beurre des alpages ?
— Jusqu'à il y a deux mois, tout allait à merveille en effet. Seulement, il m'est arrivé un pépin.
— Quel genre ?
— L'un de mes pensionnaires s'est enfui et n'a pas encore été retrouvé, ce qui la fout moche. La presse locale en a parlé trop et mal. Vous savez ce que c'est, le côté évasion implique le côté concentrationnaire. Or, les journalistes n'ont su utiliser que ce terme « d'évasion » pour relater la chose. Ensuite l'enquête de la gendarmerie, je vous en fais cadeau. Vous connaissez ces gens-là ? Plutôt sympas, mais voyants, les bougres. Chaque fois que j'aperçois une Estafette noire, j'ai envie de dégobiller, et quand mon chien est mouillé, je crois à l'arrivée d'une escouade : l'odeur. C'est physique… quel tintouin. Dieu du ciel ! Et ce salaud qu'on n'a pas retrouvé. Et les confrères ! Tous les bons jaloux du coin que ma réussite empêche de dormir, vous pensez s'ils s'en donnent à cœur joie pour colporter des faux bruits, ragoter leur chien de soûl, m'éclabousser de leur merde ! Cette fâcheuse histoire m'a valu des tracasseries sans nombre. Et je vous passe certains clients inquiets pour leur cher malade qui n'arrêtent pas de me téléphoner.
— C'est quoi, le disparu ?
Il fait non de la main, énergiquement, comme tu nettoies avec une peau de chamois la grande baie vitrée du livinge.
— Attendez, après, laissez-moi terminer.
— Parce que ce n'est pas fini ?
— Un second malade a disparu, annonce-t-il théâtralement, puisqu'il y a matière à.
Il produit son petit effet. En effet.
— Disparu quand ?
— Hier, mon cher ami. Alors, vous ne savez pas ? J'ai fait ni une ni deux : au lieu d'alerter sa famille et les flics, j'ai sauté dans ma Porsche Carrera, 210 chevaux, pour venir vous trouver, car quelqu'un m'avait appris la fondation récente de votre agence.
