
Profondément humilié de ma mésaventure, je résolus de m'enfermer chez moi jusqu'à ce que le tailleur du chef-lieu m'eût fait parvenir un habit complet dans le dernier goût. L'honnête homme ne s'y épargna point, et me confectionna des vêtements si exigus et si coquets que je pensai mourir de douleur en me voyant réduit à ma plus simple expression, et semblable en tous points à ces caricatures de fats parisiens et d'incroyables qui nous faisaient encore pâmer de rire, l'année précédente, à l'île Maurice. Je ne pouvais pas me persuader que je ne fusse pas cent fois plus ridicule sous cet habit que sous celui que je venais de quitter, et je ne savais plus que devenir; car j'avais promis solennellement à mon hôtesse (la femme du plus gros notaire de l'arrondissement) de la conduire au bal, et de lui faire danser la première et probablement l'unique contredanse à laquelle ses charmes lui donnaient le droit de prétendre. Incertain, honteux, tremblant, je me décidai à descendre et à demander à cette estimable femme un avis rigide et sincère sur ma situation.
