
VIRGILIE. – Et s’il eût été tué dans cette guerre, madame?…
VOLUMNIE. – Alors son grand renom serait devenu mon fils, et m’aurait tenu lieu de postérité. – Laissez-moi vous parler sincèrement. Si j’avais eu douze fils, tous également chéris, tous aussi passionnément aimés que votre Marcius, que mon Marcius, j’aurais mieux aimé en voir onze mourir généreusement pour leur pays, qu’un seul se rassasier de volupté loin des batailles.
(Une suivante se présente.)
LA SUIVANTE. – Madame, la noble Valérie vient vous faire une visite.
VIRGILIE. – Permettez-moi de me retirer; je vous en conjure.
VOLUMNIE. – Non, ma fille, je ne vous le permettrai point. – Je crois entendre le tambour de votre époux: je le vois traîner Aufidius par les cheveux, et les Volsques fuir effrayés comme des enfants poursuivis par un ours; je le vois frapper ainsi du pied; – je l’entends s’écrier: «En avant, lâches! quoi! nés dans le sein de Rome, vous fûtes engendrés dans la peur?» Essuyant de ses mains couvertes de fer son front ensanglanté, il marche en avant comme un moissonneur qui s’est engagé, ou à tout faucher ou à perdre son salaire.
VIRGILIE. – Son front ensanglanté? ô Jupiter, point de sang!
VOLUMNIE. – Taisez-vous, folle, le sang sur le front d’un guerrier sied mieux que l’or sur les trophées! Le sein d’Hécube, allaitant Hector, n’était pas plus charmant que le front d’Hector ensanglanté par les épées des Grecs luttant contre lui. Dites à Valérie que nous sommes prêtes à la recevoir.
