
MARCIUS. – Suis-je venu trop tard?
COMINIUS. – Le berger ne distingue pas mieux le tonnerre du son d’un tambourin, que moi la voix de Marcius de celle de tout homme.
MARCIUS. – Suis-je venu trop tard?
COMINIUS. – Oui, si vous ne revenez pas couvert du sang des ennemis, mais baigné dans votre propre sang.
MARCIUS. – Oh! laissez-moi vous embrasser avec des bras aussi robustes que lorsque je faisais la cour à ma femme, et avec un cœur aussi joyeux qu’à la fin de mes noces, lorsque les flambeaux de l’hymen me guidèrent à la couche nuptiale.
COMINIUS. – Fleur des guerriers, que fait Titus Lartius?
MARCIUS. – Il est occupé à porter des décrets: il condamne les uns à mort, les autres à l’exil; rançonne celui-ci, fait grâce à celui-là ou le menace: il régit Corioles au nom de Rome, et la gouverne comme un docile lévrier caressant la main qui le tient en lesse.
COMINIUS. – Où est ce malheureux qui est venu m’annoncer que les Volsques vous avaient repoussés jusque dans vos tranchées? Où est-il? Qu’on le fasse venir.
MARCIUS. – Laissez-le en paix; il vous a dit la vérité. Mais quant à nos seigneurs les plébéiens… (Peste soit des coquins… des tribuns, voilà tout ce qu’ils méritent), la souris n’a jamais fui le chat comme ils fuyaient devant une canaille encore plus méprisable qu’eux.
COMINIUS. – Mais comment avez-vous pu triompher?
MARCIUS. – Ce temps est-il fait pour l’employer en récits? Je ne crois pas… Où est l’ennemi? Êtes-vous maîtres du champ de bataille? Si vous ne l’êtes pas, pourquoi rester dans l’inaction avant que vous le soyez devenus?
COMINIUS. – Marcius, nous avons combattu avec désavantage; et nous nous sommes repliés, pour assurer l’exécution de nos desseins.
MARCIUS. – Quel est leur ordre de bataille? Savez-vous de quel côté sont placées leurs troupes d’élite?
