
Silas tourna les yeux vers sa paillasse, sur laquelle était posée la discipline aux cordelettes raidies par le sang séché.
Incapable d'attendre plus longtemps la purification si ardemment désirée, Silas fit une rapide prière, saisit la discipline, ferma yeux et commença à s'en fouetter alternativement les deux épaules. Sans relâche.
Castigo corpus meum. Je punis mon corps.
– 15 –
Jusqu'à ce qu'il sente les gouttes de sang couler le long de son dos.
– 16 –
3
Assis sur le siège passager de la Citroën ZX qui, gyrophare allumé, descendait en trombe la rue Saint-Honoré, la tête à demi sortie par la fenêtre dans l'air vif de la nuit d'avril, Robert Langdon tentait de remettre de l'ordre dans ses idées. Une douche rapide et un rasage approximatif lui avaient redonné figure humaine mais il était encore sous le choc de l'angoisse qu'avait suscitée en lui l'affreuse image du cadavre de Jacques Saunière.
Jacques Saunière est mort.
Il ne put réprimer un sentiment d'accablement en songeant à la mort du vieux conservateur.
Malgré sa réputation de reclus, ce dernier était considéré comme un défenseur des arts aussi compétent que passionné.
Ses recherches sur les codes et les symboles cachés dans les tableaux de Poussin et de Teniers faisaient partie des ouvrages de référence préférés de Langdon, qui s'était fait une fête de le rencontrer.
L'image du cadavre du conservateur le poursuivit. Pourquoi cette étrange mise en scène au moment de mourir ? Langdon se tourna et regarda par la fenêtre, s'efforçant de repousser cette vision. Dehors, dans les rues de la ville, l'effervescence commençait seulement à s'apaiser : des vendeurs de marrons chauds poussaient leur Caddie devant eux, un serveur déposait un sac-poubelle sur le bord du trottoir, un couple d'amoureux serrés l'un contre l'autre essayait de se réchauffer. L'air embaumait le jasmin. La Citroën zigzaguait entre les voitures avec autorité, fendant la circulation grâce à sa sirène deux-tons.
