L'autre le fixait, complètement immobile, comme si toute sa vie s'était concentrée dans son regard spectral.

– 3 –

— Vous et vos frères avez usurpé un trésor qui ne vous appartient pas.

Un flux d'adrénaline parcourut le corps du conservateur.

Comment a-t-il pu apprendre cela ?

— Ce soir, ses vrais gardiens vont reprendre leur bien.

Dites-moi où il est caché et vous vivrez. Vous êtes prêt à mourir pour garder votre secret ?

Le canon se redressa, visant la tête du vieil homme, qui cessa de respirer.

L'albinos inclina la tête, cligna d'un œil et mit en joue.

Saunière leva les deux bras comme pour se défendre.

— Attendez, articula-t-il lentement, je vais vous donner les informations que vous attendez de moi.

Reprenant son souffle, Saunière récita posément le mensonge qu'il s'était tant de fois répété à lui-même, et qu'il avait espéré ne jamais avoir à prononcer.

Lorsqu'il eut terminé, l'albinos grimaça un sourire suffisant.

— C'est exactement ce que m'ont dit les trois autres.

Saunière eut un mouvement de recul. Les autres ?

— Eux aussi, je les ai trouvés. Tous les trois. Ils dit la même chose.

Comment a-t-il pu les identifier ?

Les fonctions du conservateur en chef au sein de la confrérie, comme celles des trois sénéchaux, étaient aussi confidentielles que l'antique secret qu'ils devaient protéger.

Saunière dut se rendre à l'évidence : ses trois frères avaient respecté la procédure, et proféré le même mensonge avant de mourir.

Son agresseur pointa de nouveau le pistolet vers lui.

— Après votre disparition, je serai le seul à connaître la vérité.

La vérité. Le vieux conservateur comprit aussitôt toute l'horreur de la situation. Si je meurs, la vérité sera à jamais perdue. Dans un sursaut instinctif, il tenta de se mettre à l'abri.



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