
– Les sandales, tu sais parfaitement que ça n'y change rien. Et si ça te distrait de jouer à l'homme des temps obscurs, tu ferais mieux de te mettre dans le crâne que l'homme préhistorique, quoi que j'en pense, n'était sûrement pas assez crétin ni assez primaire pour vivre à poil.
Mathias haussa les épaules.
– Je le sais mieux que toi, dit-il. Ça n'a rien à voir avec l'homme préhistorique.
– Avec quoi alors?
– Avec moi. Les vêtements me serrent. Je suis bien comme ça. Qu'est-ce que tu veux que je te dise de plus? Je ne vois pas en quoi ça te dérange quand je suis à mon étage. Tu n'as qu'à frapper avant d'entrer. Que se passe-t-il? Une urgence?
Le concept d'urgence n'était pas dans les cordes de Mathias. Marc entra en souriant.
– «Le serpent, dit-il, lorsqu'il voit un homme nu, a peur de lui et s'enfuit aussi vite qu'il le peut; et quand il voit l'homme vêtu, il va l'attaquer sans la moindre crainte.»XIIIe siècle.
– On est bien avancés, dit Lucien.
– Que se passe-t-il? répéta Mathias.
– Rien. Lucien a vu la voisine du front Ouest se diriger par ici. Lucien a décidé de ne pas répondre au coup de sonnette.
– La sonnette n'est pas réparée, dit Mathias.
– Dommage que ce ne soit pas la voisine du front Est, dit Lucien. Elle est jolie, la voisine de l'Est. Je sens qu'on pourrait pactiser avec le front Est.
– Qu'est-ce que tu en sais?
– J'ai mené quelques opérations de reconnaissance tactique. L'Est est plus intéressant et plus abordable.
– Eh bien c'est celle de l'Ouest, dit Marc avec fermeté. Et je ne vois pas pourquoi on n'ouvrirait pas. Moi je l'aime bien, on a échangé trois mots un matin. De toute façon, il est dans notre intérêt d'être appréciés de l'entourage. Simple question de stratégie.
– Évidemment, dit Lucien, si tu vois ça sous l'angle diplomatique.
– Convivial, disons. Humain, si tu préfères.
