— Ouais. Faudrait pas que ce soit trop facile. Ce serait plus drôle du tout.

Léo Morelli habitait chez ses parents, dans le Bourg. Il était du même âge que Kenny et travaillait au péage de l’autoroute, comme son père.

Une voiture de police était garée dans leur allée, et on trouva toute la famille dehors en train de parler avec un policier.

— Léo s’est fait voler sa voiture, dit Mrs. Morelli. Non, mais tu te rends compte ? Où on va ? Ces choses-là n’arrivaient jamais dans le Bourg. Et maintenant, regarde !

Ces choses-là n’arrivaient jamais dans le Bourg car le Bourg était plus ou moins un village de mafieux à la retraite. Il y a quelques années, en cas d’émeute à Trenton, la police n’envisageait pas d’envoyer une seule brigade pour protéger les habitants du Bourg. Tous les anciens combattants et chefs de la mafia montaient dans leur grenier pour ressortir leurs mitraillettes.

— Quand as-tu remarqué sa disparition ? demanda Morelli.

— Ce matin, dit Léo. Au moment d’aller bosser. Elle n’était plus là.

— Quand est-ce que tu l’as vue pour la dernière fois ?

— Hier soir. À six heures. Quand je suis rentré du boulot.

— Quand as-tu vu Kenny pour la dernière fois ?

Tout le monde tiqua.

— Kenny ? fit la mère de Léo. Quel rapport entre lui et tout ça ?

Morelli était campé sur ses jambes, mains engoncées dans ses poches.

— Il a peut-être eu besoin d’un véhicule, dit-il.

Personne ne moufta.

— Donc, quand est-ce que tu as vu Kenny pour la dernière fois ? répéta Morelli.

— Bon sang ! s’exclama le père de Léo. Ne me dis pas que tu as prêté ta bagnole à ce trouduc !

— Il m’avait promis de me la ramener tout de suite, fit Léo. Comment j’aurais pu deviner ?

— De la merde dans le cerveau, Léo, t’as de la merde dans le cerveau, lui dit son père.



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