— Cas d’urgence pour la police ? demandai-je.

— Tu l’as dit, bouffie, me rétorqua-t-il.

Julia était à la caisse, mais comme personne n’achetait, elle se tenait debout, la hanche contre le tiroir-caisse, occupée à se vernir les ongles. Elle fronça légèrement les sourcils en nous voyant entrer.

— Ça m’a tout l’air d’être une journée tranquille, lui dit Morelli.

Julia acquiesça.

— C’est à cause de la pluie.

— Des nouvelles de Kenny ?

Le rouge monta aux joues de Julia.

— En fait, je l’ai vaguement vu hier soir. Il est passé juste après votre départ. Je lui ai dit que vous vouliez lui parler. Je lui ai dit qu’il devait vous appeler. Je lui ai donné votre carte avec le numéro de votre portable et tout…

— Tu crois qu’il va repasser ce soir ?

— Non.

Elle secoua la tête pour confirmer ses dires.

— Il m’a dit qu’il ne repasserait pas. Qu’il devait garder un profil bas parce qu’il était recherché.

— Par la police ?

— Je pense qu’il parlait de quelqu’un d’autre, mais je ne sais pas de qui.

Morelli lui donna une autre carte avec pour instruction de l’appeler à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit si elle avait des nouvelles de Kenny.

Elle resta sur la réserve, et je me dis que nous ne devions pas trop compter sur l’aide de Julia.

On ressortit sous la pluie et on courut jusqu’à la voiture. En dehors de Morelli, le seul matériel de police à se trouver dans la Fairlane était un émetteur-récepteur radio de récupération. Il était réglé sur la longueur d’onde de la police et un standardiste relayait les appels entre deux vagues de parasites. J’avais une radio similaire dans ma Jeep, et je m’efforçais d’apprendre les codes du langage policier. Comme les autres flics que je connaissais, Morelli écoutait d’une oreille, comprenant miraculeusement ces informations brouillées et embrouillées.



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