Vu que je silence, il est contraint d’enchaîner, du moment qu’il représente la partie prenante. Quand t’entres dans un magasin, c’est pas à la vendeuse de causer en premier, mais à ta pomme.

— Stéphane est un vieil ami. Nous fûmes condisciples, jadis, en Suisse, au Rosay.

— Ça crée des liens, veux-je bien convenir, manière d’ouatiner son entonnoir à confidences.

— J’ai vécu longtemps à l’étranger.

Il toussote. Son regard couleur d’huîtres des mers du Sud se détourne de ma personne malgré la force attractive qui la caractérise.

— Stéphane Lhurma a fait récemment un voyage en Am… au pays que j’habite et le hasard a voulu que nous nous rencontrions dans un restaurant. Quelle émotion ! Nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre. Bien entendu, mon ami m’a raconté sa vie. Plutôt sinistre malgré sa réussite sociale. Il est veuf, et son unique enfant s’est tué dans un accident. Lhurma m’a invité en France, j’ai accepté.

Il est bizarre, l’accent de Hans Kimkonssern. Voilà un pèlerin qui parle parfaitement le français. Au début il devait avoir l’accent germain, mais à vivre dans un pays espagnolisant, celui-ci s’est assoupli, arrondi. L’érosion latine l’a poli.

— J’ai débarqué chez Stéphane voici quatre jours. Il habite une confortable maison de La Celle-Saint-Cloud. Toutefois, cette propriété n’est pas en rapport avec sa situation. C’est une demeure « Ile-de-France », de six pièces, qu’une seule domestique suffit à entretenir. La vieille maison de famille, si vous voyez ? D’ailleurs, mon ami y est né.

Kimkonssern raconte bien. Campe doucement la situation, plante le décor. Maintenant, il va pouvoir éjaculer sa petite historiette.



10 из 162