(COCKTAIL)


Ministère de la Culture. Conférence de presse dans les salons du deuxième étage, au-dessus des jardins du Palais-Royal. J`arrive un peu en retard, vêtu d`un costume et d`une chemise entrouverte. Je donne mon carton, grimpe rapidement l`escalier, m`enfonce dans la foule sous les lambris. Je me hisse sur la pointe des pieds, lève la tête pour apercevoir le ministre, tout au fond, en train d`évoquer la Cité de la Musique, érigée à la place des anciens abattoirs:

– Tel un forum de la Réconciliation des Cultures…

La voix susurre. Intimité amplifiée par les haut-parleurs; douceur enveloppante, grain légèrement canaille; tout souligne le style détendu du ministre de la liberté, du bonheur et, plus simplement, «de la vie», comme il aime se désigner lui même. Sa tête bien coiffée émerge d`une chemise à large col, dessinée par un couturier branché. Assis à sa tribune, il sourit à la cantonade, cite André Breton avant de conclure:

– La Cité de la Musique est l`une des institutions les plus modernes d`Europe.

Des millions de francs coulent de sa bouche. Vingt-cinq mille groupes de rock subventionnées par l`État. Le pouvoir en lutte contre l`ordre établi…

Le ministre a rassemble, au premier rang de sa conférence, un plateau très chic: artistes de l`avant-garde, stars du rap, de la chanson, metteurs en scène audacieux, créateurs de mode. Derrière eux, sur plusieurs rangées de chaises, sont assis les bataillons de faux journalistes, correspondants de revues disparues qui meublent semblables réceptions tout en prenant des notes sur de petits carnets. Au fond de la salle se tient la vraie presse, arrivée légèrement en retard, mêlée aux administrateurs et aux directeurs. Debout les uns contre les autres, serrés dans les coins, désinvoltes, les commentateurs et gestionnaires de la culture moderne écoutent leur ministre:



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