— Des bouts d’essai ?

— Probable ! Il lui en a fait faire un pour son compte et ç’a été concluant. Y a des mômes qu’ont de la veine, non ?

J’évoque le châssis de l’intéressée.

— Elle a tout ce qu’il faut pour se porter bonheur, assuré-je. Verse-moi un scotch, fils.

Moi, vous me connaissez ? Quand j’ai une idée dans la mansarde, je ne l’ai pas autre part. Cette fille m’a court-circuité le bulbe. L’indifférence dont elle a fait montre, comme dit mon ami l’horloger du coin, n’a fait qu’accroître mon désir de la mieux connaître. Je douille mon whisky et je prends le chemin de la haute mer (au fond et à droite).

Les pectoraux en bandoulière, la démarche assurée par la Lloyd, je marche sur le sable brûlant dont les paillettes scintillent. Mon regard de faucon inspecte l’eau azuréenne. Je ne tarde pas à repérer Julia, grâce à son maillot rouge. Elle gît sur un radeau, à quelques encablures, les bras en croix. Je ne fais ni une ni deux, ni trois ni quatre : je saute dans la tisane et je produis mon crawl à côté duquel celui de Mosconi ressemble aux exercices de rééducation d’un hémiplégique.

En moins de temps qu’il n’en faut à une fusée américaine pour foirer, j’accoste au radeau qui danse sur les vagues. Je me hisse sur le rectangle flottant. La môme qui gisait à plat ventre fait un effort pour tourner la tête. Elle me reconnaît et me dédie une moue décourageante.

— Encore vous ! soupire-t-elle.

— Je vous importune ?

— Tant que vous ne parlerez pas, ça pourra aller.

— Vous observez la semaine du silence ?

Elle soupire en guise de réponse et reprend sa position initiale. Je n’insiste pas et je me rattrape en matant son académie. Elle vaut celle du quai Conti, croyez-moi ! Il ne doit pas s’ennuyer, Bitakis, avec un joujou pareil ! Cette fille a une peau merveilleuse, des formes comme on n’en fait plus depuis la Renaissance et une sensualité qui flanquerait de la virilité à un buste de Voltaire.



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