Le Loup y consentit. Leurs conventions ainsi faites, ils se mirent en chemin: le jour était déjà grand. Le Loup voyant que le col du Chien était tout pelé lui en demanda la cause. – Cela n’est rien, répliqua le Chien; pendant la nuit j’ai la liberté tout entière, et l’on me lâche, pour aboyer aux voleurs; mais pendant le jour on me tient à l’attache, de peur que je ne morde ceux qui entrent dans la maison de mon Maître. – Ce discours ralentit l’ardeur du Loup; il ne témoigna plus le même empressement pour aller trouver le Maître du Chien. – Adieu, lui dit-il, je ne veux pas acheter à si haut prix l’amitié de ton Maître; j ‘aime mieux jouir de ma liberté, que de faire bonne chère dans l’esclavage. -

Du Ventre et des autres Membres.

La Main et le Pied voulurent autrefois faire un procès au Ventre, en lui reprochant qu’ils ne pouvaient suffire à le nourrir, sans qu’il y contribuât de son côté. Ils voulaient l’obliger à travailler comme les autres membres, s’il voulait être nourri. Il leur représenta plusieurs fois le besoin qu’il avait d’aliments. La Main le refusa, et ne voulut rien porter à la bouche pour le communiquer au Ventre, qui tomba en peu de temps en défaillance par cette soustraction d’aliments. Tous les autres membres devinrent faibles et atténués, par la disette où se trouva le Ventre. La Main reconnut alors son erreur, et voulut contribuer à l’ordinaire à nourrir le Ventre; mais il n’était plus temps, il était trop affaibli pour faire ses fonctions, parce qu’il avait été trop longtemps vide; il rejeta les viandes qu’on lui présenta: ainsi il périt; mais toutes les parties du corps périrent avec le Ventre, et furent punies de leur révolte.

D’un Singe et d’un Renard.

Le Singe voulut un jour persuader au Renard de lui prêter une partie de sa queue, pour couvrir son derrière. Il dit au Renard que sa queue était trop longue, et qu’elle l’incommodait en marchant; au lieu que le superflu ferait honneur au Singe, et lui serait d’un grand secours. Ces raisons ne persuadèrent point le Renard. Il dit au Singe, que sa queue ne l’incommodait nullement, et qu’il aimait mieux en balayer la terre, que d’en couvrir les fesses d’un Singe.



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