
Du Boeuf et de la Vache.
Un Boeuf suait à tirer la charrue sur un terrain fort pierreux. Une Vache en riait. – Pauvre malheureux, lui criait-elle, je ne doute point que tu n’envies cent fois le jour mon sort. Avoue que tu voudrais te voir nourri et chéri comme je le suis sans essuyer la moindre fatigue. – Comme elle parlait, un sacrificateur arrive, et lui fait prendre le chemin du temple pour la conduire à l’autel, et là l’immoler à son dieu. – Orgueilleuse, lui dit alors le Boeuf, ton sort te semble-t-il maintenant si digne d’envie? il est vrai que je viens de souhaiter d’être à ta place; mais confesse à ton tour, que tu voudrais bien te voir à présent à la mienne. -
Du Renard qui a perdu sa queue.
Un Renard tomba dans un piège, et s’en retira, mais ce ne fut qu’après y avoir laissé sa queue pour gage. Il en était au désespoir; car le moyen de se montrer aux autres ainsi écourté, sans exciter leurs risées? Pour s’en garantir, que fait-il? Il se met en tête d’avoir des compagnons; ensuite il assemble les Renards, leur conseille en ami, disait-il, de se défaire de leurs queues; elles embarrassaient beaucoup plus qu’elles n’ornaient; ce n’était qu’un poids fort superflu. En un mot, une queue ne servait, à l’entendre, qu’à balayer les chemins. Il eut beau le remontrer, on le hua dans toute l’assemblée. – Ami, lui dit un vieux Renard, j’ignore ce qu’on pourrait gagner à se passer d’une queue; mais ce que je sais certainement, c’est que tu ne m’en aurais jamais fait observer l’inutilité, si tu avais encore la tienne. -

