Des Loups et des Brebis.

Un jour les Loups dirent aux Brebis: – Amies, en vérité nous ne saurions concevoir comment vous pouvez supporter les mauvais traitements que vos Chiens vous font à chaque moment. De bonne foi, à quoi vous servent ces brutaux à la queue de votre troupeau? À vous gêner continuellement, le plus souvent à vous mordre, et à vous faire mille violences. Croyez-nous, débarrassez-vous en, et sur l’heure, car enfin, que craignez-vous? n’êtes-vous pas assez fortes pour vous défendre seules contre quiconque voudrait vous nuire! – Sur ses discours les Brebis se crurent en effet fort redoutables, et dans cette pensée, l’on courut aussitôt congédier les Chiens; mais on ne tarda guère à s’en repentir. Les Loups n’eurent pas plutôt vu les Chiens éloignés qu’ils se jetèrent sur les Brebis, et les étranglèrent toutes.

Du Fleuve et de sa Source.

Un Fleuve s’élevait contre sa Source. – Considère, lui disait-il, ce lit large et profond, vois de combien de ruisseaux, de combien de rivières, mes eaux sont grossies. Grâce au ciel, me voilà Fleuve. Mais toi, chétive Source, qu’es-tu? un maigre filet d’eau qu’un rayon de soleil tarirait, si la roche dont tu sors ne t’en mettait à l’abri. – Insolent, repartit la source, il te sied bien vraiment de me mépriser, toi qui, sans moi, serais encore dans le néant. -

De la Femme qui tond sa Brebis.

Une Femme tondait sa Brebis, ou pour mieux dire l’écorchait, tant elle s’y prenait mal. Cependant la Brebis lui criait: – Et de grâce, si vous voulez avoir ma peau, mandez le boucher; mais si vous n’en voulez qu’à ma laine, faites venir le tondeur. -

Du Bouvier et de la Chèvre.

Un Bouvier frappa une Chèvre à la tête, et si rudement, qu’il lui rompit une de ses cornes. Il ne l’eut pas plutôt fait, qu’il s’en repentit, et pria la Chèvre de n’en point parler au Maître du troupeau. – Hé, pauvre sot, répliqua l’autre, quand je serais assez bonne pour ne lui rien dire, n’a-t-il pas des yeux pour voir qu’il me manque une corne? -



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