M. de Barthèle vivant, on les citait comme les modèles des amants. M. de Barthèle mort, on les citait comme des modèles de vertus conjugales. Le mariage n’avait cependant rien légitimé, et l’on s’était même étonné qu’à la mort de ce dernier, il n’y eût pas eu un rapprochement social entre les deux anciens amis. Madame de Barthèle elle-même en avait dit un jour un mot au comte, poussée, hâtons-nous de le dire, bien plus par une suggestion étrangère que par son propre mouvement. Mais, à cette ouverture, M. de Montgiroux avait naïvement répondu comme Chamfort: «J’y ai bien pensé comme vous, chère amie; mais, si nous nous marions, ou diable irai-je passer mes soirées?»


Et cette réponse était parfaitement compréhensible chez un homme qui, depuis vingt-cinq ans, passait ses soirées ailleurs que chez lui.


Eh bien, dans ces soirées qu’une si longue intimité eût dû faire pour M. de Montgiroux un motif d’abandon, le noble comte restait toujours pair de France, c’est-à-dire l’homme de la représentation extérieure, tant l’habitude avait fait à cette organisation prédestinée une seconde nature qui avait recouvert la première, comme certaines sources ont le privilège de recouvrir d’une couche de pierre le bois, les fleurs, et jusqu’aux oiseaux qui séjournent quelque temps dans leurs eaux.


Quant à madame de Barthèle, c’était le caractère le plus opposé à celui du comte de Montgiroux qui se pût voir; et peut-être la longue intimité qui les avait unis ne s’était-elle conservée si intacte que par cette loi incompréhensible des contrastes, à laquelle on ne croirait point si l’on ne heurtait à chaque pas dans le monde ses résultats de tous les jours. Un mariage de convenance l’avait unie, déjà âgée de vingt-deux ans, c’est-à-dire majeure et libre de sa volonté, à M. de Barthèle; mais, une heure avant la signature du contrat, elle avait demandé un entretien à son futur époux, et, après lui avoir désigné près d’elle un fauteuil préparé à cet effet:



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