En effet, il était difficile de voir un homme plus simplement grand seigneur que ne l’était Maurice de Barthèle. La chose la plus ordinaire, portée par lui, prenait à l’instant même un cachet d’aristocratie parfaite. Ses chevaux étaient les mieux soignés, ses voitures les plus élégantes, ses gens les mieux habillés de tout Paris. Habile à tous les exercices du corps, il montait à cheval comme Daure et Makensie, était de première force à l’épée et coupait, à vingt-cinq pas, une balle sur la lame d’un couteau.


Maître de sa fortune depuis sept ans, libre de ses actions depuis sa majorité, il avait joui à son loisir de cette vie dévorante de Paris, sans que jamais une volonté étrangère fût venue porter obstacle à la sienne, et cependant, hâtons-nous de le dire, sans que jamais la plus scrupuleuse rigidité eût eu un reproche à faire à sa conduite: en effet, vivant dans un monde d’élite, lié d’amitié avec des jeunes gens qui avaient un nom à faire respecter et une position sociale à soutenir, le respect des convenances et le sentiment de sa dignité personnelle l’avaient préservé des désordres où, depuis la révolution de 1830, quelques jeunes hommes de distinction s’étaient follement jetés, comme pour se dédommager de la contrainte où ils avaient vécu dans les dernières années du règne de Charles X.


Aussi Maurice de Barthèle, homme à la mode dans ce monde au-dessus de la mode, dans l’acception vulgaire que l’on donne à ce mot, était-il remarqué partout où il paraissait, non point par cette régularité typique que l’on admire dans les arts, mais par ce charme individuel, mais par cette expression particulière bien supérieure au point de vue du sentiment, et qui fait qu’on se sent attiré comme malgré soi vers celui qui les possède. Son visage avait cette pâleur fraîche et mate qui fait la distinction des hommes bruns; ses beaux cheveux noirs et sa barbe aux reflets



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