
Nous l’avons dit, en épousant Clotilde, Maurice n’avait éprouvé pour elle qu’un sentiment purement fraternel, et le mariage était non seulement, à ses yeux, une mise à la loterie, une chance de félicité, mais encore un moyen naturel de faire cesser la vie d’aventures qui l’entraînait dans son tourbillon en lui laissant le vide du cœur. Cependant Maurice avait trouvé un avantage à ses relations avec les femmes qu’il avait connues jusqu’alors, c’était de sentir la différence qui sépare la grande expérience de l’extrême naïveté. L’affection que sa femme lui portait s’était donc présentée à lui avec un parfum de chasteté et de fraîcheur jusqu’alors inconnu. Accoutumé à la voir presque chaque jour, ses yeux jusque là s’étaient portés sur elle sans rien détailler, mais, quand ils furent unis solennellement, quand le prêtre eut parlé à Clotilde de ses devoirs et à Maurice de ses droits l’idée de la possession passa de sa tête à son cœur; un désir craintif et timide le conduisit à l’analyse, et l’analyse lui fit découvrir, dans celle qui était destinée à devenir la compagne de sa vie, des grâces naturelles, des qualités acquises, une aménité si réelle et si douce, que le jeune homme éprouva un enchantement inattendu, et que, pour un moment, il eut des illusions à ce point qu’il se crut amoureux de sa femme. Or, en amour, nous défions le théologien le plus subtil d’établir la différence qu’il y a entre être amoureux et croire qu’on l’est.
