
— T’inquiète pas, Pinuchard, c’est ma soupape qui fonctionne. Alors ?
— Hier matin, Hector s’est mis au travail. Il devait venir au rapport à midi, mais je l’ai pas vu. Le soir, il n’était pas là non plus. J’ai commencé à m’inquiéter. Je suis été chez lui, mais j’ai trouvé porte close et sa concierge ne l’avait pas revu depuis le matin… Du coup, j’ai pris le traczir pour de bon. J’ai pensé à toi. C’est ton cousin, je m’ai dit que tu ferais quelque chose !
Sacré vieux boy-scout ! Jouer les Callaghan à son âge, et avec cette patate d’Hector comme assistant.
— Tu as revu la cliente ?
— Non. Elle attend de nos nouvelles. Elle a téléphoné ce matin, mais notre secrétaire a répondu que…
— Ah ! parce que vous avez une secrétaire ?
— Ben alors, on est une maison sérieuse. Et on a des bureaux aux Champs-Elysées, si tu veux le constater au verso de notre carte.
La stupeur m’étourdit. Ils ont becté du lion, les deux raclures de fond de malle.
La Pinaudère Agency ne deviendrait-elle pas un organisme réputé ?
— Notre secrétaire, reprend le Délabré, a biaisé. Mais il va falloir que je lui dise quelque chose à cette personne ! Et cet Hector qui a disparu sans laisser de trace. Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé !
C’est aussi le tourment de Félicie. Quel pastaga ! J’arrive de voyage et au lieu de déguster peinardement les ris de veau de m’man, voilà un turbin calamiteux et familial qui me choit sur le râble.
— Comment se nomme la dame qui fait filer son jules ?
Pinaud se renferme comme la vertu d’une rosière dans un slip en fil de fer barbelé.
— Secret professionnel, riposte-t-il.
— Quoi ! tonitrué-je. Môssieur vient chialer dans votre giron parce qu’il n’est pas foutu de retrouver sa crêpe d’associé, et il prétend jouer les X-27 !
— Parfaitement, objecte le Fossile. Le secret professionnel, c’est une chose sacrée, San-A.
