
— Je n’en suis pas moins citoyen de l’Empire. Aussi bon citoyen que vous ou que n’importe quel membre de cette Commission de la Sécurité Publique.
— Bien sûr, bien sûr. Seulement, comme vous vivez en province, vous ne vous rendez pas bien compte de ce qui se passe sur Trantor. L’empereur n’accorde pas d’audiences.
— Mais devant qui peut-on faire appel ? Il n’existe pas d’autre procédure ?
— Non. En fait, il n’y a pas de recours. Légalement, vous avez le droit d’en appeler à l’empereur, mais vous n’obtiendrez pas d’audience. L’empereur actuel n’est pas de la dynastie des Entuns, vous savez. En réalité, Trantor est, hélas ! aux mains de quelques familles de l’aristocratie dont les membres forment la Commission de Sécurité Publique. C’est là une évolution qu’a parfaitement prévue la psychohistoire.
— Ah oui ? fît Gaal. Mais alors, si le docteur Seldon peut prévoir l’histoire de Trantor dans les cinq cents ans à venir…
— Il peut la prévoir aussi bien pour quinze cents ans.
— Quinze mille si vous voulez. Mais pourquoi n’a-t-il pas pu hier prédire ce qui allait se passer aujourd’hui et m’avertir ? » Gaal s’assit et se prit la tête à deux mains. « Je vous demande pardon… Bien sûr, la psychohistoire est une science statistique, incapable de prédire avec exactitude l’avenir d’un seul individu. Je ne sais plus ce que je dis.
— Mais si. Le docteur Seldon estimait que vous seriez arrêté ce matin.
— Comment ?
— C’est la triste vérité. La Commission se montre de plus en plus hostile à ses travaux. Elle exerce une surveillance sans cesse accrue sur les nouveaux membres qui viennent se joindre au groupe de recherches. Les graphiques montraient que nous avions intérêt à faire éclater l’affaire tout de suite. La Commission agissait avec une telle lenteur que le docteur Seldon vous a rendu visite hier afin de lui forcer la main. C’était la seule raison.
