— Et sur quels motifs déclareriez-vous l’état d’exception ?

— Les motifs, je les inventerais. Accordez-moi encore assez d’ingéniosité pour ça ; et je n’aurais pas peur d’en prendre le risque politique. Ne me poussez pas à bout, jeune homme. Si nous sommes ici, c’est pour parvenir à un accord, sinon vous ne recouvrerez plus jamais la liberté. Vous resterez en prison jusqu’à la fin de vos jours. Je peux vous le garantir. »

Ils se dévisagèrent mutuellement : Branno en gris, Trevize en camaïeu de bruns.

Trevize comprit : « Quel genre d’accord ?

— Ah ! ah ! On est curieux. Voilà qui est mieux. On va pouvoir ainsi passer de la confrontation à la conversation. Quel est votre point de vue ?

— Vous le connaissez fort bien. Vous vous êtes roulée dans la boue avec le conseiller Compor, non ?

— Je veux l’entendre de votre bouche – à la lumière de la crise Seldon qui vient de s’achever.

— Très bien, si tel est votre désir, madame le Maire ! » (Il avait été à deux doigts de dire : « la vieille »). « L’image de Seldon a parlé trop juste, trop impossiblement juste, au bout de cinq cents ans. C’est la huitième fois qu’il apparaît, je crois. Et en plusieurs occasions, personne n’était là pour l’entendre. A une reprise au moins, du temps d’Indbur III, ce qu’il avait à dire était totalement désynchronisé avec la réalité – mais c’était au moment du Mulet, n’est-ce pas ? Alors, dites-moi quand il a fait preuve d’autant de clairvoyance que cette fois-ci ? »

Trevize se permit un petit sourire. « Jamais, jusqu’à présent, madame le Maire – pour ce que nous révèlent les archives du passé –, jamais Seldon n’est parvenu à décrire si parfaitement la situation, jusque dans ses plus infimes détails.

— Votre hypothèse est que l’apparition de Seldon, cette image holographique, est un faux, que ces enregistrements sont l’œuvre d’un contemporain – ce pourrait être moi – et qu’un acteur joue le rôle de Seldon ?



31 из 487