Sa mâchoire carrée et ses traits anguleux rappelaient à Susan ces sculptures de l’Antiquité. Du haut de sa jeunesse et de son mètre quatre-vingts, Becker était plus rapide sur un court de squash que n’importe lequel de ses collègues. Après avoir battu son adversaire à plate couture, il plongeait son épaisse chevelure noire sous l’eau pour se rafraîchir, et puis, tout ruisselant, il offrait à l’infortuné un jus de fruits et un bagel pour se faire pardonner.

Comme tous les jeunes professeurs, David n’avait à l’université qu’un salaire modeste. De temps en temps, quand il devait renouveler sa carte de membre au squash ou changer les boyaux de sa vieille raquette, il arrondissait ses fins de mois en effectuant des travaux de traduction pour des agences fédérales, à Washington ou dans les environs. C’est au cours de l’un de ces extra qu’il avait rencontré Susan.

C’était par un jour frisquet d’automne, après un jogging matinal. En rentrant dans son petit appartement de trois pièces du campus, David découvrit que son répondeur clignotait. Il vida une bouteille de jus d’orange en écoutant le message. Rien

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de nouveau sous le soleil... une agence gouvernementale avait besoin de ses services pendant quelques heures, cet après-midi.

Seul détail étrange, Becker n’avait jamais entendu parler de cet organisme.

— Ça s’appelle la National Security Agency, précisait Becker en téléphonant à ses collègues pour se renseigner.

La réponse était invariable :

— Tu veux dire le National Security Council ?

— Non. Ils disent bien Agency – l’agence ! (Becker avait réécouté le message dix fois.) La NSA.

— Jamais entendu parler.

Il consulta l’annuaire des organismes gouvernementaux, mais il n’y trouva nulle trace de cette agence. Intrigué, Becker joignit un de ses vieux camarades de squash, un ancien analyste politique travaillant désormais à la bibliothèque du Congrès. Il fut abasourdi par les explications fournies par son ami.



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