

Charles Baudelaire
Fusées
(Première partie des journaux intimes)
Présentation
Fusées fait partie des journaux intimes de Baudelaire, comme les trois autres recueils de notes: Hygiène, Mon coeur mis à nu et Carnet (seul ce dernier répondant à la définition classique du journal intime, en particulier par sa composition chronologique).
Fusées se présente sous la forme d'un choix de pensées brillantes, de maximes éparses et de traits paradoxaux
La publication fut posthume, en 1887.
Apparemment, la composition de Fusées daterait des années 1855 – 1862.
I
Quand même Dieu n’existerait pas, la Religion serait encore Sainte et Divine.
Dieu est le seul être qui, pour régner, n’ait même pas besoin d’exister.
Ce qui est créé par l’esprit est plus vivant que la matière.
L’amour, c’est le goût de la prostitution. Il n’est même pas de plaisir noble qui ne puisse être ramené à la Prostitution.
Dans un spectacle, dans un bal, chacun jouit de tous.
Qu’est-ce que l’art? Prostitution.
Le plaisir d’être dans les foules est une expression mystérieuse de la jouissance de la multiplication du nombre.
Tout est nombre. Le nombre est dans tout. Le nombre est dans l’individu. L’ivresse est un nombre.
Le goût de la concentration productive doit remplacer, chez un homme mûr, le goût de la déperdition. -
L’amour peut dériver d’un sentiment généreux: le goût de la prostitution; mais il est bientôt corrompu par le goût de la propriété.
L’amour veut sortir de soi, se confondre avec sa victime, comme le vainqueur avec le vaincu, et cependant conserver des privilèges de conquérant.
