
Le manœuvre du culbuteur, gonflant le dos, n’avait pas même levé les yeux sur Etienne, et celui-ci allait ramasser son petit paquet tombé à terre, lorsqu’un accès de toux annonça le retour du charretier. Lentement, on le vit sortir de l’ombre, suivi du cheval jaune, qui montait six nouvelles berlines pleines.
– Il y a des fabriques à Montsou? demanda le jeune homme.
Le vieux cracha noir, puis répondit dans le vent:
– Oh! ce ne sont pas les fabriques qui manquent. Fallait voir ça, il y a trois ou quatre ans! Tout ronflait, on ne pouvait trouver des hommes, jamais on n’avait tant gagné… Et voilà qu’on se remet à se serrer le ventre. Une vraie pitié dans le pays, on renvoie le monde, les ateliers ferment les uns après les autres… Ce n’est peut-être pas la faute de l’empereur; mais pourquoi va-t-il se battre en Amérique? Sans compter que les bêtes meurent du choléra, comme les gens.
Alors, en courtes phrases, l’haleine coupée, tous deux continuèrent à se plaindre. Etienne racontait ses courses inutiles depuis une semaine: il fallait donc crever de faim? bientôt les routes seraient pleines de mendiants. Oui, disait le vieillard, ça finirait par mal tourner, car il n’était pas Dieu permis de jeter tant de chrétiens à la rue.
