
Une telle aventure ne tarda pas à faire du bruit, on fouilla partout, et la seule pièce trouvée ayant rapport à cette cruelle scène fut la lettre d’une femme, non signée, adressée à M. de Savari, et contenant les mots suivants:
«Nous sommes perdus, mon mari vient de tout savoir, songez au remède, il n’y a que Paparel qui puisse ramener son esprit, faites qu’il lui parle, sans quoi il n’y a point de salut à espérer.»
Un Paparel, trésorier de l’extraordinaire des guerres, homme aimable et de bonne compagnie, fut cité: il convint qu’il voyait M. de Savari, mais que, de plus de cent personnes de la cour et de la ville qui allaient chez lui, à la tête desquelles on pouvait placer M. le duc de Vendôme, il était de tous un de ceux qui le voyaient le moins.
Plusieurs personnes furent arrêtées, et rendues presque aussitôt libres. On en sut assez enfin pour se convaincre que cette affaire avait des branches innombrables, et qui en compromettant l’honneur des pères et des maris de la moitié de la capitale, allaient également tympaniser un nombre infini de gens de la première qualité; et pour la première fois de la vie, dans des têtes magistrales, la prudence remplaça la sévérité. On en resta là, au moyen de quoi jamais la mort de ce malheureux, trop coupable sans doute pour être plaint des gens honnêtes, ne put trouver aucun vengeur; mais si cette perte fut insensible à la vertu, il est à croire que le vice s’en affligea longtemps, et qu’indépendamment de la bande joyeuse qui trouvait tant de myrtes à cueillir chez ce doux enfant d’Épicure, les jolies prêtresses de Vénus qui, sur les autels de l’amour, venaient journellement brûler de l’encens, durent pleurer la démolition de leur temple.
