Il regardait le cou d’Anka, hâlé, presque noir, où pointaient les vertèbres. Par instants, il cherchait du regard Pachka, mais ne l’apercevait pas. Seul son bandeau rouge brillait au soleil, tantôt ici, tantôt là. Anton se l’imaginait, le visage maigre et avide, le nez pelé, en alerte, glissant sans bruit entre les troncs, le doigt sur la queue de détente. Pachka courait la saïva, or la saïva ne plaisante pas. Si elle t’interpelle, l’ami, il faut se dépêcher de répondre, pensa Anton. Il eut envie de se baisser, mais Anka pouvait se retourner, il aurait l’air stupide.

Anka se retourna et demanda :

« Vous êtes partis sans faire de bruit ? »

Anton haussa les épaules.

« Qui s’en va en faisant du bruit ?

— Je crois que j’en ai fait, dit-elle soucieuse. J’ai laissé tomber une cuvette, et il y a eu un bruit de pas dans le couloir. C’était la Katia, sans doute, c’était son tour de nous surveiller aujourd’hui. J’ai dû sauter dans le parterre. C’est quoi ces fleurs qui poussent dans le parterre ? »

Anton plissa le front.

« Sous ta fenêtre ? Je ne sais pas, pourquoi ?

— Elles sont vraiment têtues. Le vent ne les plie pas, la bourrasque ne les couche pas. Ça fait des années qu’on saute dedans et elles ne s’en portent pas plus mal.

— C’est curieux », dit Anton, méditatif. Sous ses fenêtres aussi poussaient des fleurs que le vent ne pliait pas, la bourrasque ne couchait pas, mais jusqu’alors il n’y avait jamais fait attention.

Anka s’arrêta, l’attendit et lui tendit une poignée de fraises. Il en choisit trois.

« Prends-en encore.

— Merci. Je préfère une à une. Elle est pas mal la Katia, non ?

— Ça dépend pour qui. Quand on vous dit tous les soirs que vos pieds sont ou sales, ou poussiéreux… »

Elle se tut. Quel plaisir de marcher à côté d’elle dans la forêt, côte à côte, en se touchant par les coudes nus, et de la regarder, si belle, si souple, et cordiale, contrairement à son habitude. Ses grands yeux gris étaient frangés de cils noirs.



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