– Et vous, Mademoiselle, vous ne prenez rien?


– Oh! moi, du café au lait, simplement.


– Si vous le permettez, je prendrai du café au lait avec vous.


– Eh! eh! tenez-vous bien, Mademoiselle Verdure, dit l’abbé en me prenant par le bras – Monsieur Lacase m’a tout l’air de vous faire la cour!


Elle haussa les épaules, puis me fit un rapide salut, tandis que l’abbé m’entraînait.


Ma chambre était au premier étage, presque à l’extrémité d’un couloir.


– C’est ici, dit l’abbé en ouvrant la porte d’une pièce spacieuse qu’illuminait un grand brasier. – Dieu me pardonne! on vous a fait du feu!… Vous vous en seriez peut-être bien passé… Il est vrai que les nuits de ce pays sont humides, et la saison, cette année, est anormalement pluvieuse…


Il s’était approché du foyer vers lequel il tendit ses larges paumes tout en écartant le visage, comme un dévot qui repousse la tentation. Il semblait disposé à causer plutôt qu’à me laisser dormir.


– Oui, commença-t-il, en avisant ma malle et mon sac de nuit, – Gratien vous a monté vos colis.


– Gratien, c’est le cocher qui m’a conduit? demandai-je.


– Et c’est aussi le jardinier; car ses fonctions de cocher ne l’occupent guère.


– Il m’a dit en effet que la calèche ne sortait pas souvent.


– Chaque fois qu’elle sort c’est un événement historique. D’ailleurs Monsieur de Saint-Auréol n’a depuis longtemps plus d’écurie; dans les grandes occasions, comme ce soir, on emprunte le cheval du fermier.


– Monsieur de Saint-Auréol? répétai-je, surpris.


– Oui, dit-il, je sais que c’est Monsieur Floche que vous venez voir; mais la Quartfourche appartient à son beau-frère. Demain vous aurez l’honneur d’être présenté à Monsieur et à Madame de Saint-Auréol.



8 из 83