C’était lui maintenant qui ne savait plus comment exprimer ce qu’il avait à dire. Il roulait la carte entre ses doigts, avec ce petit frémissement des lèvres de l’homme qui comprend la valeur et l’effet des paroles qu’il va prononcer.


Tout à coup, il se leva, s’approcha d’une des hautes portes-fenêtres qui donnaient de plain pied sur un grand jardin planté de beaux arbres et tout empourpré par un rouge soleil d’hiver, puis frappa un léger coup à la vitre. Une silhouette noire passa devant les fenêtres, et un jeune prêtre apparut presque aussitôt dans le cabinet.


– Tenez, mon bon Duffieux, dit le supérieur, promenez un peu cet enfant… Montrez-lui notre église, nos serres… Il s’ennuie là, ce pauvre petit homme…


Jack crut que l’on prenait ce prétexte de promenade pour couper court aux adieux pénibles de la séparation, et son regard eut une telle expression de désespoir et d’effroi, que le bon prêtre le rassura doucement:


– N’aie pas peur, mon petit Jack… ta mère ne s’en ira pas… tu vas la retrouver ici.


L’enfant hésitait encore.


– Allez, mon cher!… fit Mme de Barancy avec un geste de reine.


Aussitôt il sortit sans un mot, sans une plainte, comme s’il était déjà assoupli par la vie et préparé à toutes les servitudes.


Quand il fut dehors, il y eut dans le cabinet un moment de silence. On entendait les pas de l’enfant et de son compagnon s’éloigner en criant sur le sable durci par le froid, le pétillement du feu, des piaillements de moineaux dans les branches, des pianos, des voix, le murmure d’une maison pleine, tout le train, assourdi par l’hiver et les fenêtres closes, d’un grand pensionnat à l’heure de l’étude.


– Cet enfant a l’air de bien vous aimer, madame, dit le recteur, que la grâce et la soumission de Jack avaient touché.


– Comment ne m’aimerait-il pas? répondit Mme de Barancy peut-être un peu trop mélodramatiquement; le pauvre cher n’a que sa mère au monde!



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