– Ainsi, dit-elle en pâlissant, vous refusez de recevoir mon fils? Refuserez-vous aussi de me dire pourquoi?


– Madame, répondit le prêtre, j’aurais donné tout au monde pour que cette explication n’eût pas lieu; mais, puisque vous m’y forcez, il faut bien vous apprendre que la maison que je dirige exige des familles qui lui confient leurs enfants des conditions de moralité exceptionnelles… Il ne manque pas, à Paris, d’institutions laïques où votre petit Jack trouvera tous les soins qui lui sont nécessaires; mais, chez nous, cela est impossible. Je vous en conjure, ajouta-t-il à un mouvement de protestation indignée, ne me faites pas m’expliquer davantage… Je n’ai le droit de rien vous demander, de rien vous reprocher… Je regrette la peine que je vous fais en ce moment, et croyez bien que la rigueur de mon refus m’est aussi pénible qu’à vous.


Pendant que le prêtre parlait, le visage de Mme de Barancy avait passé par toutes les expressions de douleur, de dédain, de confusion. D’abord elle avait essayé de faire bonne contenance, gardant la tête droite et le masque mondain bien attaché; mais les paroles bienveillantes du recteur, tombant sur cette âme enfantine, la firent se fondre tout à coup en plaintes, en larmes, en aveux, en expansions bruyantes et désolées.


Oh! oui, allez, elle était malheureuse. On ne savait pas tout ce qu’elle avait souffert déjà pour cet enfant…


Eh bien, oui! le pauvre cher petit être n’avait pas de nom, pas de père; mais était-ce une raison pour lui faire un crime de son malheur et le rendre responsable de la faute de ses parents? «Ah! monsieur l’abbé, monsieur l’abbé, je vous en prie…»


Tout en parlant, par un mouvement d’abandon qui aurait pu faire sourire dans une circonstance moins grave, elle avait pris la main du prêtre, une belle main d’évêque, douillette et blanche, que le bon père essayait de dégager doucement, non sans un peu d’embarras.




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