
– Seigneurs, dit-il, vous pouvez déposer les épées qui fatiguent inutilement vos bras et me prêter une oreille attentive; car vous aurez beaucoup à apprendre dans le peu de paroles que je vais vous adresser.
L’attention redoubla.
– La source des grands fleuves est presque toujours divine, c’est pour cela qu’elle est inconnue; comme le Nil, comme le Gange, comme l’Amazone, je sais où je vais, mais j’ignore d’où je viens! Tout ce que je me rappelle, c’est que le jour où les yeux de mon âme s’ouvrirent à la perception des objets extérieurs, je me trouvais dans Médine la ville sainte, courant à travers les jardins du muphti Salaaym.
«C’était un respectable vieillard que j’aimais comme mon père, et qui cependant n’était point mon père; car, s’il me regardait avec tendresse, il ne me parlait qu’avec respect; trois fois par jour il s’écartait pour laisser arriver jusqu’à moi un autre vieillard dont je ne prononce le nom qu’avec une reconnaissance mêlée d’effroi; ce vieillard respectable, auguste réceptacle de toutes les sciences humaines, instruit par les sept esprits supérieurs dans tout ce qu’apprennent les anges pour comprendre Dieu, s’appelle Althotas; il fut mon gouverneur, il fut mon maître; il est encore mon ami, ami vénérable, car il a deux fois l’âge du plus âgé d’entre vous.»
Ce langage solennel, ces gestes majestueux, cet accent onctueux et sévère à la fois, produisirent sur l’assemblée une de ces impressions qui se résolvent en longs frémissements d’anxiété.
Le voyageur continua:
– Lorsque j’atteignis ma quinzième année, j’étais déjà initié aux principaux mystères de la nature. Je savais la botanique, non pas cette science étroite que chaque savant circonscrit à l’étude du coin du monde qu’il habite, mais je connaissais les soixante mille familles de plantes qui végètent par tout l’univers. Je savais, quand mon maître m’y forçait, en m’imposant
