
– Adieu, mon brave cheval, dit-il, si je ne te retrouve pas, adieu.
Et ces mots furent accompagnés d’un regard rapide que le voyageur promena autour de lui, comme s’il eût redouté ou désiré d’être entendu.
Le cheval secoua sa crinière soyeuse, frappa du pied la terre et hennit de ce hennissement qu’il devait, dans le désert, faire entendre à l’approche du lion.
Le voyageur, cette fois, se contenta de secouer la tête de haut en bas avec un sourire, comme s’il eût voulu dire:
– Tu ne te trompes pas, Djérid, le danger est bien ici.
Mais alors, décidé sans doute d’avance à ne pas combattre ce danger, l’aventureux inconnu tira de ses arçons deux beaux pistolets aux canons ciselés et à la crosse de vermeil, puis avec le tire-bourre de leur baguette, il les déchargea l’un après l’autre, en extirpant la bourre et la balle, puis enfin il sema la poudre sur le gazon.
Cette opération terminée, il remit les pistolets dans les fontes.
Ce n’est pas tout.
Le voyageur portait à sa ceinture une épée à poignée d’acier; il déboucla le ceinturon, le roula autour de l’épée, passa le tout sous la selle, l’assujettit avec l’étrier, de façon à ce que la pointe de l’épée correspondît à l’aine du cheval et la poignée à l’épaule.
Enfin, ces formalités étranges accomplies, le voyageur secoua ses bottes poudreuses, ôta ses gants, fouilla dans ses poches, et y ayant trouvé une paire de petits ciseaux et un canif à manche d’écaille, il les jeta l’un après l’autre par-dessus son épaule, sans même regarder où ils allaient tomber.
Cela fait, après avoir passé une dernière fois la main sur la croupe de Djérid, après avoir respiré, comme pour donner à sa poitrine tout le degré de dilatation qu’elle pouvait acquérir, le voyageur chercha inutilement un sentier quelconque, et n’en voyant point, il entra au hasard dans la forêt.
