
La comtesse avait trouvé dans le hasard un adversaire presque aussi capricieux qu’elle.
Tandis que, tout en causant politique avec M. de Richelieu, la comtesse courait après Sa Majesté, laquelle, de son côté, courait après le daim, et que le duc et elle renvoyaient une portion des saluts qu’ils rencontraient en chemin, ils aperçurent tout à coup, à une cinquantaine de pas de la route, sous un admirable dais de verdure, une pauvre calèche brisée qui tournait piteusement ses deux roues du côté du ciel, tandis que les deux chevaux noirs qui eussent dû la traîner rongeaient paisiblement, l’un l’écorce d’un hêtre, l’autre la mousse qui s’étendait à ses pieds.
Les chevaux de madame du Barry, magnifique attelage donné par le roi, avaient distancé, comme on dit aujourd’hui, toutes les autres voitures, et étaient arrivés les premiers en vue de cette calèche brisée.
– Tiens! un malheur, fit tranquillement la comtesse.
– Ma foi, oui, fit le duc de Richelieu avec le même flegme, car, à la cour, on use peu de sensiblerie; ma foi, oui, la calèche est en morceaux.
– Est-ce un mort que je vois là-bas sur l’herbe? demanda la comtesse. Regardez donc, duc.
– Je ne le crois pas, cela remue.
– Est-ce un homme ou une femme?
– Je ne sais trop. J’y vois fort mal.
– Tiens, cela salue.
– Alors, ce n’est pas un mort.
Et Richelieu à tout hasard leva son tricorne.
– Eh! mais, comtesse, dit-il, il me semble…
– Et à moi aussi.
– Que c’est Son Éminence le prince Louis.
– Le cardinal de Rohan en personne.
– Que diable fait-il là? demanda le duc.
– Allons voir, répondit la comtesse. Champagne, à la voiture brisée, allez.
Le cocher de la comtesse quitta aussitôt la route et s’enfonça sous la futaie.
