
Le cardinal sourit; et, songeant qu’une plus longue résistance pouvait être mal interprétée par la comtesse, il se décida à monter dans son carrosse.
Le duc avait déjà cédé sa place au fond, et s’était installé sur la banquette de devant.
Le cardinal se mit à marchander les honneurs, mais le duc fut inflexible.
Bientôt, les chevaux de la comtesse eurent regagné le temps perdu.
– Pardon, monseigneur, dit la comtesse au cardinal, mais Votre Éminence s’est donc raccommodée avec la chasse?
– Comment cela?
– C’est que je vous vois pour la première fois prendre part à cet amusement.
– Non pas, comtesse. Mais j’étais venu à Versailles pour avoir l’honneur de présenter mes hommages à Sa Majesté, quand j’ai appris qu’elle était en chasse; j’avais à lui parler d’une affaire pressée; je me suis mis à sa poursuite; mais, grâce à ce maudit cocher, je manquerai non seulement l’oreille du roi, mais encore mon rendez-vous en ville.
– Voyez-vous, madame, dit le duc en riant, monseigneur vous avoue nettement les choses…; monseigneur a un rendez-vous.
– Que je manquerai, je le répète, répliqua Éminence
– Est-ce qu’un Rohan, un prince, un cardinal, manque jamais quelque chose? dit la comtesse.
– Dame! fit le prince, à moins d’un miracle.
Le duc et la comtesse se regardèrent: ce mot leur rappelait un souvenir récent.
– Ma foi! prince, dit la comtesse, puisque vous parlez de miracle, je vous avouerai franchement une chose, c’est que je suis bien aise de rencontrer un prince de l’Église pour lui demander s’il y croit.
– À quoi, madame?
– Aux miracles, parbleu! dit le duc.
– Les Écritures nous en font un article de foi, madame, dit le cardinal essayant de prendre un air croyant.
