
Les larmes du chemineau s’étaient séchées.
Maintenant, ce n’était plus du désespoir que reflétaient ses yeux… c’était une haine grandiose, superbe, qui donnait à ses traits une expression de noblesse en même temps que de mystère et le faisait ressembler à quelque envoyé du destin venu pour troubler la fête.
Un homme d’un certain âge, à la barbe et aux cheveux blancs, d’allure distinguée, mais d’apparence frêle et délicate, s’approcha, demandant au vagabond, sur un ton de bienveillante pitié.
– Que voulez-vous, mon brave?
– Parler au banquier Favraux.
– M. Favraux est très occupé… Je suis son secrétaire… et je puis peut-être…
Tirant de sa poche une pièce d’argent, Vallières la tendit au vagabond qui protesta aussitôt avec une énergie farouche:
– Je ne demande pas l’aumône… je vous répète qu’il faut que je parle à M. Favraux.
Comprenant qu’il se heurterait à une volonté inébranlable, Vallières s’en fut rejoindre le banquier.
À l’écart de ses invités, dans un discret berceau de verdure d’où l’on apercevait un panorama splendide auquel, presque au premier plan, le vieux moulin aux trois quarts ruiné ajoutait une note charmante et pittoresque, Favraux se penchait amoureusement vers une fort jolie personne à la mise très simple et au maintien réservé.
– Monsieur…, annonça le secrétaire, il y a devant le portail un homme que je ne connais pas, et qui insiste vivement pour vous voir.
Avec un geste d’impatience, M. Favraux dont la maturité robuste, la sobre élégance, le visage glabre et le regard d’acier en faisaient le prototype de nos grands marchands d’or modernes, demanda sèchement:
– Quel est cet individu?
– Un chemineau… monsieur.
– Un chemineau!… et c’est pour ça… que vous me dérangez?
