– Et après? bravait insolemment le banquier qui s’était ressaisi.


– Je ne vous réclame pas d’argent…, poursuivit le vieux. Je ne veux même pas me venger… J’exige simplement que vous m’aidiez à retrouver mon fils et à le sauver!


– Je ne sais pas ce que vous voulez dire…


– Tu ne sais pas! rugit le chemineau en avançant le poing à travers les barreaux… Tu es donc encore plus misérable que je ne le pensais?


– Si vous avez des droits à faire valoir, adressez-vous à la justice.


– La justice! ricana l’ex-forçat. Ah! je la connais, la justice! Pendant vingt ans, elle a fait de moi un damné, tandis que toi, le vrai, le principal coupable, tu continuais à t’enrichir avec le bien des autres, accumulant sur ton passage toutes les ruines et tous les désastres! Et quand je viens te réclamer un peu de pitié… tu me dis de m’adresser à la justice! Tu veux donc m’écraser jusqu’au bout?… Ah! c’est lâche! c’est abominable! Puisqu’il en est ainsi, le peu de temps qui me reste à vivre, je veux le consacrer à te haïr! Oui, chaque jour et à chaque heure, tu me verras me dresser devant toi, reproche vivant de tes crimes et de tes infamies!… Tu m’entendras te crier: «Tu n’es qu’un voleur et un bandit!»


Tandis que Favraux, haussant les épaules d’un air méprisant, s’éloignait de la grille, et que Vallières avec des paroles pleines de mansuétude et de pitié s’efforçait de calmer la colère du vieux Kerjean, celui-ci eut un dernier rugissement:


– Sois maudit, banquier Favraux, sois maudit à jamais!


Puis, ramassant son chapeau et remontant sa besace, il reprit sa route… tout en grinçant entre ses dents:




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