
Mais il y avait aussi la camelote et les détritus inexplicables : du « plastique », rendu friable par le soleil ou ramolli par les jus de la terre, des bouts de métal recouverts de rouille, des dispositifs électroniques noircis par le temps et dégageant la même et triste impression d’inutilité qu’un ressort détendu, des pièces de moteur, corrodées, du fil de cuivre gainé de vert-de-gris, des bidons en aluminium et fûts en acier rongés par les fluides empoisonnés qu’ils contenaient autrefois… et ainsi de suite, presque à l’infini.
Entre les deux, il y avait les curiosités, aussi fascinantes et aussi inutiles que des coquillages. (« Repose cette trompette rouillée, Adam, tu vas te couper la lèvre et t’empoisonner le sang ! » Ma mère, quand nous étions allés au Dépotoir bien des années avant ma rencontre avec Julian. De toute manière, il n’y avait pas de musique dans cette trompette au pavillon complètement tordu et corrodé.)
Il flottait surtout au-dessus du Dépotoir (de n’importe quel Dépotoir) l’inconfortable conscience que, en bon ou en mauvais état, ces objets avaient survécu à leurs créateurs… s’étaient révélés plus durables que la chair ou l’esprit (car les âmes des Profanes de l’Ancien Temps n’étaient presque certainement pas au premier rang pour la Résurrection).
Et pourtant, ces livres… ils tentaient l’œil tout autant que l’esprit. Certains s’ornaient de belles femmes plus ou moins vêtues. J’avais déjà sacrifié ma prétention personnelle à la vertu immaculée avec certaines jeunes femmes de la Propriété, que j’avais témérairement embrassées : à l’âge de dix-sept ans, je me considérais comme un fripon, ou quelque chose comme ça, mais ces images étaient si franches et si impudentes que j’ai détourné le regard en rougissant.
