
– Hélas! monsieur, lui répondis-je toute confuse, je suis une pauvre orpheline qui n'ai pas encore quatorze ans et qui connais déjà toutes les nuances de l'infortune; j'implore votre commisération, ayez pitié de moi, je vous conjure.
Et alors je lui détaillai tous mes maux, la difficulté de rencontrer une place, peut-être même un peu la peine que j'éprouvais à en prendre une, n'étant pas née pour cet état; le malheur que j'avais eu, pendant tout cela, de manger le peu que j'avais…, le défaut d'ouvrage, l'espoir où j'étais, qu'il me faciliterait les moyens de vivre; tout ce que dicte enfin l'éloquence du malheur, toujours rapide dans une âme sensible, toujours à charge à l'opulence… Après m'avoir écoutée avec beaucoup de distractions, M. Dubourg me demanda si j'avais toujours été sage.
– Je ne serais ni aussi pauvre ni aussi embarrassée, monsieur, répondis-je, si j'avais voulu cesser de l'être.
– Mais, me dit à cela M. Dubourg, à quel titre prétendez-vous que les gens riches vous soulagent, si vous ne les servez en rien?
– Et de quel service prétendez-vous parler, monsieur? répondis-je; je ne demande pas mieux que de rendre ceux que la décence et mon âge me permettront de remplir.
– Les services d'une enfant comme vous sont peu utiles dans une maison, me répondit Dubourg; vous n'êtes ni d'âge ni de tournure à vous placer comme vous le demandez.
