
Saint-Florent, qui jouait la délicatesse, mais qui était bien loin de celle que je devais lui supposer, ne voulut pas absolument prendre ce que je lui offrais; il me demanda quels étaient mes desseins, me dit qu'il se ferait une loi de les remplir, et qu'il ne désirait que de pouvoir s'acquitter envers moi:
– C'est de vous que je tiens la fortune et la vie, Thérèse, ajouta-t-il, en me baisant les mains, puis-je mieux faire que de vous offrir l'une et l'autre? Acceptez-les, je vous en conjure, et permettez au Dieu de l'hymen de resserrer les nœuds de l'amitié.
Je ne sais, mais soit pressentiment, soit froideur, j'étais si loin de croire que ce que j'avais fait pour ce jeune homme pût m'attirer de tels sentiments de sa part, que je lui laissai lire sur ma physionomie le refus que je n'osais exprimer: il le comprit, n'insista plus, et s'en tint à me demander seulement ce qu'il pourrait faire pour moi.
– Monsieur, lui dis-je, si réellement mon procédé n'est pas sans mérite à vos yeux, je ne vous demande pour toute récompense que de me conduire avec vous à Lyon, et de m'y placer dans quelque maison honnête, où ma pudeur n'ait plus à souffrir.
– Vous ne sauriez mieux faire, me dit Saint-Florent, et personne n'est plus en état que moi de vous rendre ce service: j'ai vingt parents dans cette ville.
Et le jeune négociant me pria de lui raconter alors les raisons qui m'engageaient à m'éloigner de Paris, où je lui avais dit que j'étais née. Je le fis avec autant de confiance que d'ingénuité.
– Oh! si ce n'est que cela, dit le jeune homme, je pourrai vous être utile avant d'être à Lyon; ne craignez rien, Thérèse, votre affaire est assoupie; on ne vous recherchera point, et moins qu'ailleurs assurément dans l'asile où je veux vous placer. J'ai une parente auprès de Bondy, elle habite une campagne charmante dans ces environs; elle se fera, j'en suis sûr, un plaisir de vous avoir près d'elle; je vous y présente demain.
