
Justine, en larmes, va trouver son curé; elle lui peint son état avec l'énergique candeur de son âge… Elle était en petit fourreau blanc; ses beaux cheveux négligemment repliés sous un grand bonnet; sa gorge à peine indiquée, cachée sous deux ou trois aunes de gaze; sa jolie mine un peu pâle à cause des chagrins qui la dévoraient; quelques larmes roulaient dans ses yeux et leur prêtaient encore plus d'expression.
– Vous me voyez, monsieur, dit-elle au saint ecclésiastique…, oui, vous me voyez dans une position bien affligeante pour une jeune fille; j'ai perdu mon père et ma mère… Le ciel me les enlève à l'âge où j'avais le plus besoin de leur secours… Ils sont morts ruinés, monsieur; nous n'avons plus rien… Voilà tout ce qu'ils m'ont laissé, continua-t-elle, en montrant ses douze louis… et pas un coin pour reposer ma pauvre tête… Vous aurez pitié de moi, n'est-ce pas, monsieur! Vous êtes le ministre de la religion, et la religion fut toujours la vertu de mon cœur; au nom de ce Dieu que j'adore et dont vous êtes l'organe, dites-moi, comme un second père, ce qu'il faut que je fasse… ce qu'il faut que je devienne?
Le charitable prêtre répondit en lorgnant Justine que la paroisse était bien chargée; qu'il était difficile qu'elle pût embrasser de nouvelles aumônes, mais que si Justine voulait le servir, que si elle voulait faire le gros ouvrage, il y aurait toujours dans sa cuisine un morceau de pain pour elle. Et, comme en disant cela, l'interprète des dieux lui avait passé la main sous le menton, en lui donnant un baiser beaucoup trop mondain pour un homme d'Église, Justine, qui ne l'avait que trop compris, le repoussa en lui disant:
– Monsieur, je ne vous demande ni l'aumône ni une place de servante; il y a trop peu de temps que je quitte un état au-dessus de celui qui peut faire désirer ces deux grâces pour être réduite à les implorer; je sollicite les conseils dont ma jeunesse et mes malheurs ont besoin, et vous voulez me les faire acheter un peu trop cher.
