
– Quel âge avez-vous? lui demande la Duvergier.
– Quinze ans dans quelques jours, madame, répondit Juliette.
– Et jamais nul mortel…, continua la matrone.
– Oh! non, madame, je vous le jure, répliqua Juliette.
– Mais c'est que quelquefois dans ces couvents, dit la vieille… un confesseur, une religieuse, une camarade… Il me faut des preuves sûres.
– Il ne tient qu'à vous de vous les procurer, madame, répondit Juliette en rougissant.
Et la duègne s'étant affublée d'une paire de lunettes, et ayant avec scrupule visité les choses de toutes parts:
– Allons, dit-elle à la jeune fille, vous n'avez qu'à rester ici, beaucoup d'égards pour mes conseils, un grand fonds de complaisance et de soumission pour mes pratiques, de la propreté, de l'économie, de la candeur vis-à-vis de moi, de la politique envers vos compagnes, et de la fourberie avec les hommes, avant dix ans je vous mettrai en état de vous retirer dans un troisième, avec une commode, un trumeau, une servante; et l'art que vous aurez acquis chez moi vous donnera, de quoi vous procurer le reste.
Ces recommandations faites, la Duvergier s'empare du petit paquet de Juliette; elle lui demande si elle n'a point d'argent, et celle-ci lui ayant trop franchement avoué qu'elle avait cent écus, la chère maman les confisque en assurant sa nouvelle pensionnaire qu'elle placera ce petit fonds à la loterie pour elle, mais qu'il ne faut pas qu'une jeune fille ait d'argent:
– C'est, lui dit-elle, un moyen de faire le mal, et dans un siècle aussi corrompu, une fille sage et bien née doit éviter avec soin tout ce qui peut l'entraîner dans quelque piège. C'est pour votre bien que je vous parle, ma petite, ajouta la duègne, et vous devez me savoir gré de ce que je fais.
