
trée de la ville, dans l'étable d'un nouvel Alors qu'il arrivait à se concentrer ami qu'il s'était fait. Il connaissait beau-un peu sur sa lecture (et c'était bien agréa-coup de monde dans ces parages — et ble, car il y avait un enterrement dans la c'était bien pourquoi il aimait tant voyager.
neige, ce qui lui donnait une sensation de On arrive toujours à se faire de nouveaux fraîcheur, sous ce soleil brûlant), un vieil amis, sans avoir besoin de rester avec eux homme vint s'asseoir à côté de lui et enga-jour après jour. Lorsqu'on voit toujours les gea la conversation.
mêmes personnes, comme c'était le cas au
«Que font ces gens? demanda le vieilséminaire, on en vient à considérer qu'elles lard, en désignant les passants sur la font partie de notre vie. Et alors, puis-place.
qu'elles font partie de notre vie, elles finis-
— Ils travaillent», répondit le berger, sent par vouloir transformer notre vie. Et si sèchement; et il fit semblant d'être ab-nous ne sommes pas tels qu'elles souhaite-sorbé par ce qu'il lisait. En réalité, il son-28
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geait qu'il allait tondre ses brebis devant la
«Hum! fit le vieillard, en examinant le fille du commerçant, et qu'elle serait à
volume sur toutes ses faces, comme si même de constater qu'il pouvait faire des c'eût été un objet bizarre. C'est un livre choses bien intéressantes. Il avait déjà
important, mais fort ennuyeux. »
imaginé cette scène des dizaines de fois.
Le berger fut bien surpris. Ainsi, le bon-Et, toujours, il voyait la jeune fille s'émer-homme savait lire, lui aussi, et avait déjà lu veiller quand il commençait à lui expli-ce livre-là. Et si c'était un ouvrage en-quer que les moutons doivent être tondus nuyeux, comme il l'affirmait, il était encore de l'arrière vers l'avant. Il tâchait aussi de temps de le changer pour un autre.
