
fille du commerçant, et parla de la vie au Puis il paya ce qu'il devait et l'invita à
village, où chaque jour était semblable au revenir l'année suivante.
précédent. Le berger raconta la campagne d'Andalousie, les dernières nouveautés qu'il avait vues dans les villes par où il 14
Il ne manquait plus maintenant que Alors que paraissaient les premières quatre jours pour arriver dans cette même lueurs de l'aube, le berger commença à
bourgade. Il était tout excité, et en même faire avancer ses moutons dans la direction temps plein d'incertitude: peut-être la du soleil levant. « Ils n'ont jamais besoin de jeune fille l'aurait-elle oublié. Il ne man-prendre une décision, pensa-t-il. C'est quait pas de bergers qui passaient par là
peut-être pour cette raison qu'ils restent pour vendre de la laine.
toujours auprès de moi.» Le seul besoin
«Peu importe, dit-il, parlant à ses brebis.
qu'éprouvaient les moutons, c'était celui Moi aussi, je connais d'autres filles dans d'eau et de nourriture. Et tant que leur ber-d'autres villes. »
ger connaîtrait les meilleurs pâturages Mais, dans le fond de son cœur, il savait d'Andalousie, ils seraient toujours ses que c'était loin d'être sans importance. Et amis. Même si tous les jours étaient sem-que les bergers, comme les marins, ou les blables les uns aux autres, faits de longues commis voyageurs, connaissent toujours heures qui se traînaient entre le lever et le une ville où existe quelqu'un capable de coucher du soleil; même s'ils n'avaient leur faire oublier le plaisir de courir le jamais lu le moindre livre au cours de leur monde en toute liberté.
brève existence et ignoraient la langue des hommes qui racontaient ce qui se passait dans les villages. Ils se contentaient de nourriture et d'eau, et c'était en effet bien suffisant. En échange, ils offraient généreusement leur laine, leur compagnie et, de temps en temps, leur viande.
