
« Peu importe l'orientation présente de leurs préférences. Leur imperméabilité aux plus beaux jaillissements de l'enthousiasme collectif suffit à les condamner. »
Marc Bloch, L'Étrange Défaite.
« Le peuple français est un composé, c'est mieux qu'une race, c'est une nation. »
Jacques Bainville, Histoire de France.
Les ouvrages du même auteur figurent en fin de volume.
Pour David.
avant-propos
L'âme de la France et le pain des Français
C'était il y a un quart de siècle, en 1981.
Je me souviens de ceux qui clamaient d'une voix vibrante que l'élection de leur candidat à la présidence de la République – c'était aussi le mien – allait faire passer la France « de la nuit à la lumière ».
Vingt-cinq années se sont écoulées. On sait ce qu'il en fut. Mais les bonimenteurs sont remontés sur l'estrade et font à nouveau commerce d'espoir.
Ils ont chanté dans les années 30 du xxe siècle : « Il va vers le soleil levant, notre pays... » Trois ans après l'« embellie » du Front populaire, les nazis entraient dans Paris.
Ils ont, dans les années 80 du même siècle, promis qu'on allait « changer la vie ». Et le chômage a enseveli le pays dans la précarité, l'incertitude et l'angoisse.
Ils disent « Nous allons gravir la montagne. » Pour un « ordre juste contre tous les désordres injustes ».
C'est la même chanson.
Et je crains que cette ascension collective promise ne se réduise – nous avons vécu cela – au pèlerinage des courtisans gravissant derrière le Roi – la Reine – le petit rocher de leurs ambitions satisfaites, cependant que le peuple oublié continue de patauger, en bas, dans les marécages.
Pessimisme ?
Inquiétude, plutôt. Le réveil des peuples auxquels depuis des décennies tous les candidats au pouvoir présidentiel promettent sans tenir parole s'appelle révolte et même révolution. Et donc grand saccage.
