
Veiller au repos des villes de votre propre pays, voilà ce qui doit principalement vous occuper; troubler celui des villes ennemies, ce ne doit être que votre pis-aller.
Mettre à couvert de toute insulte les villages amis, voilà ce à quoi vous devez penser; faire des irruptions dans les villages ennemis, c'est ce à quoi la nécessité seule doit vous engager.
Empêcher que les hameaux et les chaumières des paysans ne souffrent le plus petit dommage, c'est ce qui mérite également votre attention; porter le ravage et dévaster les installations agricoles de vos ennemis, c'est ce qu'une disette de tout doit seule vous faire entreprendre.
Conserver les possessions des ennemis est ce que vous devez faire en premier lieu, comme ce qu'il y a de plus parfait; les détruire doit être l'effet de la nécessité. Si un général agit ainsi, sa conduite ne différera pas de celle des plus vertueux personnages; elle s'accordera avec le Ciel et la Terre, dont les opérations tendent à la production et à la conservation des choses plutôt qu'à leur destruction.
Ces maximes une fois bien gravées dans votre cœur, je suis garant du succès.
Je dis plus: la meilleure politique guerrière est de prendre un État intact; une politique inférieure à celle-ci consisterait à le ruiner.
Il vaut mieux que l'armée de l'ennemi soit faite prisonnière plutôt que détruite; il importe davantage de prendre un bataillon intact que de l'anéantir.
Eussiez-vous cent combats à livrer, cent victoires en seraient le fruit.
Cependant ne cherchez pas à dompter vos ennemis au prix des combats et des victoires; car, s'il y a des cas où ce qui est au-dessus du bon n'est pas bon lui-même, c'en est ici un où plus on s'élève au-dessus du bon, plus on s'approche du pernicieux et du mauvais.
Il faut plutôt subjuguer l'ennemi sans donner bataille: ce sera là le cas où plus vous vous élèverez au-dessus du bon, plus vous approcherez de l'incomparable et de l'excellent.
