
On se raccroche à bien peu mais dans la machine de mort que fut la bataille d’Alger ceux qui considérèrent que les gens étaient des gens, munis d’un nombre et d’un nom, ceux-là sauvèrent leur âme, et ils sauvèrent l’âme de ceux qui le comprirent, et aussi l’âme de ceux dont ils se préoccupaient. Quand les corps souffrants et abîmés eurent disparu, leur âme resta et ne devint pas un fantôme.
Maintenant je sais le sens de ce geste, mais je l’ignorais lorsque je suivis Desert Storm à la télévision. Je le sais maintenant car je l’ai appris au cinéma ; et aussi je rencontrai Victorien Salagnon. De lui qui fut mon maître j’appris que les morts qui ont été nommés et comptés ne sont pas perdus.
Il m’éclaira, Victorien Salagnon, le rencontrer au creux de ma vie m’éclaira. Il me fit reconnaître ce signe qui parcourt l’Histoire, ce signe mathématique peu connu et pourtant visible, qui est toujours là, qui est un rapport, qui est une fraction, qui s’exprime comme suit : dix pour un. Cette proportion est le signe souterrain du massacre colonial.
Au retour, je m’établis à Lyon dans un lieu modeste. Je remplissais la chambre meublée avec le contenu de mes pauvres cartons.
